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Marcher dos à la mer
× Du lit au bureau, il n’y a pas grande distance.
Que serait ma vie sans toi ? Eloise se pose la question tout en en sachant qu’elle aura bientôt la réponse. Tout est écrit ou plutôt, elle a déjà éventré leur couple pour le disséquer sur les pages d’un carnet qu’elle déchire au fur et
à mesure.
Dans le lit se meurt Juliette. Juliette était….était belle, gracieuse, lumineuse. Juliette l’est encore parfois lorsque son matelas devient son terrain de jeu. Juliette, Juliette, Juliette ne pense plus qu’à elle. Par des danses silencieuses, elle lutte contre la méchanceté des propos d’Eloise.
Du lit au bureau il y a un grand vide qu’elles ne traverseront pas souvent. Un chacun chez soi. Puis lorsque enfin on se décide, il est trop tard.
Au bureau Eloise est organisée. Elle place méticuleusement son pot à crayon, sa tasse et son paquet de feuilles. De l’autre coté de la chambre, à la diagonale, elle a posé sa plante verte. Par deux fois elle défait ses cheveux mais ça ne change rien : elle est méchante, elle est rouleau compresseur. Elle aplatit Juliette, les sirènes et les sorcières. De toute façon, il ne restera qu’elle. Il ne doit rester qu’elle.
Du lit au bureau se déroule un huis clos entre deux folies. Deux filles, deux folies, l’une restant cérébrale et déculpabilisée, l’autre fragile quoique physique… La plus folle, la plus malade, n’étant pas toujours celle que l’on croit.


× C’est sans doute un appartement. Pas très lumineux.
C’est sans doute l’appartement de Juliette où, petit à petit, Eloise s’est installée. Maintenant c’est la fin. Peut-être parce que Juliette et Eloise ne sont plus amoureuses. Peut-être pas. En tout cas l’une d’elles va mourir. Comment se distraire ? En regardant par la fenêtre ? En imaginant la me r?
Faut-il rester silencieux ou, au contraire, tout déballer ?
Pendant une demie heure la vie va s’arrêter et ces deux femmes seront face à face. L’une d’elle danse, l’autre s’entête à lire un texte écrit depuis longtemps.


× Au centre de la scène une femme est dans un lit qui irradie une lumière diffuse. Coté jardin, une autre femme est assise à une table. Devant elle un cahier est ouvert. Il y a aussi une lampe et un pot à crayons. La femme couchée s’appelle Juliette elle est comme absente, déjà précipitée du coté de la mort. L’autre, Héloïse, bien mise presque sévère. Elles ont été des amantes passionnées. Juliette danse sans que l’on puisse entendre de musique. Elle semble heureuse. Se prend-t-elle pour une enfant ? Elle a l’air d’un petit oiseau étonné d’être ébouriffé, sous la pluie.

As-tu aimé une autre femme que moi ?
Non jamais.
En as-tu désiré d’autres ?
Oui, des milliers d’autres.
J’aurais préféré que tu me dises le contraire.


× Genre : Mots pour une comédienne et gestes pour une danseuse
× Durée : 40 mn
× Ecriture, Mise en forme & voix off : Nicolas Mouton Bareil - 06 72 39 80 49
× Décors, technique & photographie : Olivier Coufourier
× Traduction & voix off : Elisabeth Bareil